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La préface de mon recueil

, 21:40pm


Voici la préface de mon recueil publié, écrite par Jeannine DION-GUERIN poétesse.

« Pieds nus je vais

pieds nus cela vaut mieux

sur ces sentiers aux herbes bleues ».

  Tout est dit en ces trois vers de « Lumière d’enfance », du poète comme du peintre, et des premières traces d’un écrivain à la sensibilité retenue, à la sensualité contenue accueillant de la terre toutes les vibrations, généreuse et terrible mère façonnant selon les heures à vivre l’ombre ou la lueur des jours.

A mon tour, me prend l’envie de palper ces « Fruits doux à mer » ces poèmes transcrits à petits coups d’âme, à légers coups de pinceau, dans la patience propre à toute création authentique, c’est-à-dire fouillée aux glaises du « Connais-toi toi-même », là où s’épanouissent les corolles discrètement bleuies de la houille.

Comment dérouler une préface à la seule lecture de ces trois vers, me direz-vous ? Tout simplement parce qu’y fleure bon ce fil qui développera le thème du tableau. Car c’est bien à un tableau de mots que Christine Roucaute nous convie. Ils baignent comme sa peinture dans une matière passionnée, suggestive mais pudique pourtant.

 

La solitude y est présente mais non pesante au lecteur car teintée d’amour universel. Rien de ce qui vit n’échappe au regard aiguisé de l’auteur. Il sait se couler dans l’ourlet de l’écume, le roulis d’une vague comme sous le penne de l’oiseau, la croissance des plantes, tout ce que Christine affectionne.

 

De l’humain « sucré amer » rien ne lui est étranger. Elle témoigne de la beauté du monde : « le cœur bien au corps chaviré ». En dépit du temps qui implacablement dégrade, avant de détruire, les êtres et les choses, il demeure l’amour :

« Je sens / je sais la mer qui pleut / inlassablement / au fond de mes yeux... Elle se faufile / lisse ses cheveux blancs / et creuse ses ravines / aux cernes de mes yeux... ». Nous avançons comme l’ange, sérénité au cœur car : « tout m’est lecture / sur ton visage d’ange... »

 

«  La terre est accueil / cœur du monde / terreau de vie / linceul d’au-delà ». Et ce cœur c’est «  La terre orange bleue a des courbes obscures... »

 

Mais voilà, la beauté y est présente, cette beauté qui est espérance, qui est confidence, la source la plus sûre de notre passage humain car elle peut déposer en nous, pourvu qu’on le veuille bien, cet «  émerveillement » cher au poète Guillevic et à tous ceux qui s’y appliquent. Alors dans nos cheveux refleuriront des averses et nous « parlerons au crépuscule »...

 

Lisez ce recueil page après page, ligne après ligne, chacune ayant son importance. Ne laissez rien perdre de la musicalité des notes, de la luxuriance des images, de cette audace tantôt rimbaldienne, de cette sensualité tantôt baudelairienne, autant de tableaux empruntés aux « Nymphéas » de Monet comme à la compassion d’un Giotto, sans oublier cette pincée de Van Gogh, grand amoureux de ce qu’il nommait « la maîtresse nature » et dont l’armoire grande ouverte abritait une collection de nids.

 

Comme de poésie, Christine Roucaute n’est-elle pas pareillement convaincue de peinture et d’ornithologie ?

 Jeannine DION-GUÉRIN